La francisation des noms de lieu

Depuis le XVIème siècle, avec une forte accélération depuis une centaine d’années, l’usage de la langue française en Provence a introduit des changements majeurs dans la toponymie de l’Ouest varois, dans un premier temps au niveau des noms de certaines communes tels "Ollioules" pour "Oliulas", "Saint-Nazaire-Beau-Port puis "Sanary-sur-mer" pour "San Nazar ou Sinari", imposant ensuite divers accidents que l’on peut classer en plusieurs catégories.
La francisation des mots se présente sous divers aspects ; elle est soit orthographique, soit phonétique. Lorsqu’il était impossible de changer le mot sous peine de le rendre incompréhensible, elle peut correspondre à une traduction intégrale des toponymes ou des hagiotoponymes, "Saint-Nazaire" pour "Sancti Nazarii", ou à une traduction partielle, "Saint-Estève" se composant d’un déterminé français "Saint" tandis que le déterminant conserve sa forme occitane "Esteve" au lieu d’être traduit par "Etienne". Ce processus peut conduire à des monstres linguistiques qui n’ont plus de sens dans aucune langue, tels "Siou Blan", "Gros Cerveau". Mais, dans certains cas, nous assistons à un changement autoritaire.

L’exemple de l’ouest-varois met assez bien en relief cette
francisation arbitraire de la toponymie ; il nous montre aussi l’indifférence des pouvoirs publics en matière de respect des désignations spécifiques d’une région. Ces graphies capricieuses font que, à partir de la forme administrative, il est impossible la plupart du temps de deviner ce que peuvent être la forme provençale et sa prononciation maritime.
Cartes et documents divers donnent les toponymes sous une forme francisée qui n’est pas la leur. Si, dans un premier temps la microtoponymie avait été relativement peu touchée par cette phase de francisation, il n’en va plus de même aujourd’hui où le cadastre même francise ce que les documents napoléoniens avaient grosso modo respecté. On pourra trouver des traces exemplaires de cela en comparant les documents du début ou du milieu du XIXe s. avec ceux que nous avons sous les yeux de nos jours.
Le français a souvent imposé sa graphie au toponyme provençal, mais sans règle précise : on va à toute époque de la traduction pure et simple jusqu’à la transformation graphique totale. Ainsi, la nomenclature officielle de l’Ouest varois présente-t-elle des différences en ne traitant pas de la même façon microtoponymie et nom des communes ou des villes. Pour ce qui est de la microtoponymie, c’est-à-dire l’
étude des noms de lieux restés longtemps à la discrétion des géographes et des toponymistes, et jusqu’à présent relativement protégée, elle tend à être investie à son tour à cause de la
multiplication des cartes touristiques, des panneaux de signalisation routière et de la
volonté des communes de se donner le nom provençal qu’elle croient avoir perdu.