Le patrimoine floristique indigène et sa signification climatique. (suite)
Plantes rares de moindre valeur patrimoniale, mais aussi de haute signification climatique
Sur l’oppidum de la Courtine : Férule et Azerolier.
Une prospection sur ce site a permis d’y observer deux espèces assez rares, et de grande taille cette fois !
Sur l’emplacement des cultures les plus récemment abandonnées, en exposition sud et sud-est, se remarquent dès février, au milieu d’herbes et d’arbrisseaux, une centaine de pieds d’un fenouil géant, dont la tige unique peut atteindre en un mois seulement une hauteur de 2, 50 m! Il s’agit d’une Férule (Ferula communis, sous-espèce glauca), ombellifère abondante en Méditerranée orientale et centrale, mais peu répandue en France où elle se cantonne le long du littoral, aux points les moins froids en hiver.
Car c’est en hiver qu’apparaissent et se développent les parties aériennes (feuilles et hampe florale), lesquelles sèchent entièrement dès le mois de juin ; jusqu’en novembre-décembre, la férule ne survit qu’en ses organes souterrains, sorte de tige-racine longue de 70 à 80 cm et large de 8 à 15 cm (on comprend qu’elle s’installe en sols profonds, tels ceux des cultures abandonnées et des talus les plus épais) ; c’est de cet organe qu’émergent en hiver les parties aériennes… On retrouve donc un cycle annuel semblable à celui des orchidées locales, méditerranéennes, dont les organes souterrains – sortes de bulbes – sont plus petits. Ces "herbes" sont donc très bien adaptées au climat méditerranéen, que caractérise une longue sécheresse estivale ; et la grande férule, tout comme les orchidées les plus précoces chez nous, recherche manifestement des lieux peu froids en hiver.
C’est à 20 m au nord-ouest de la ruine centrale qu’a poussé un très bel azerolier de Méditerranée occidentale ; ce Crataegus ruscinonensis (du Roussillon) a le port et les feuilles de nos aubépines (C. monogyna), mais ses fruits rouges sont plus gros (15 à 18 mm) et, comme le vrai Azerolier de Méditerranée orientale, possèdent chacun deux noyaux. L’arbre de la Courtine, haut de 3,50 m environ et pourvu d’un tronc de 15 à 18 cm de diamètre, a sûrement plus de 60-80 ans ; a-t-il été planté, ou greffé sur une aubépine sauvage ? ou provient-il d’une graine incluse dans une fiente d’oiseau ?
Ailleurs, sur le territoire communal…
Entre Châteauvallon et le Détras, une petite croupe rocheuse et terreuse porte une garrigue à romarin peu dense, dans laquelle le botaniste remarque une petite graminée, Andropogon distachyos ; cette plante est présente plus à l’est et dans les Alpes-Maritimes, et on ne la retrouve en France que le long du littoral des Pyrénées-Orientales ; elle serait donc absente de la zone soumise à l’influence forte du mistral et de la tramontane, vents froids en hiver.
et quelques arbres probablement disparus : le pistachier vrai.
Une dizaine de pistachiers vrais (Pistacia vera) – dont le territoire naturel est dans les zones les plus chaudes et sèches de la Méditerranée centrale et orientale – existaient encore il y a une douzaine d’années sur l’adret de la colline "Côtes du Plan" ; ils ont été coupés pour laisser place au goudron et au béton…, ce qui est fort regrettable, car leur présence témoignait, elle aussi, du caractère très sec et très chaud du climat local. Cette culture, avec le plus souvent greffage du pistachier vrai sur un pistachier indigène (Pistacia terebinthus, ou petelin), était pratiquée jusque vers la fin du XIXe siècle surtout autour de Marseille, de Roquevaire-Auriol et de la Ciotat. Quelques arbres sont cités en banlieue de Toulon en 1850. Il en reste quelques pieds dans les localités des Bouches-du-Rhône, et deux au Castellet. Ceux de Toulon ont disparu. En resterait-il, méconnus, à Ollioules ?
Parmi ces espèces qui constituent l’essentiel du patrimoine botanique communal, les plus précieuses sont, d’évidence, le "chou de Robert" et le "passerage épineux", ainsi que quelques orchidées, tout particulièrement l’Ophrys miroir. Il y a pour celles-ci, et quelques autres, obligation de protection.
Sauf Azerolier, ces raretés sont des herbes et des arbrisseaux ; et elles ne sont ni forestières, ni même semi-forestères. Elles fréquentent au contraire des milieux à végétation basse et peu dense, ce que l’on nomme des milieux ouverts, donc très éclairés, ce qui est intéressant en hiver ; aussi sont-elles, de ce fait, très exposées à la grande chaleur et à la forte évaporation qui accompagnent la sécheresse estivale, difficile à supporter pour les êtres vivants.
Certaines de ces plantes – tout comme beaucoup de "banales" qui les accompagnent – nous montrent que pour survivre à l’été, on peut quasi disparaître de la surface du sol en cette mauvaise saison… à condition évidemment de trouver en hiver une température et un ensoleillement suffisants : conditions qu’Ollioules partage avec quelques sites littoraux de la Cote d’Azur.
Ce qui explique pourquoi les hommes ont pu faire d’Ollioules un terroir renommé pour sa production florale de plein champ en hiver et au printemps.